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Galerie Les filles du Calvaire

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Florence Chevallier, Des journées entières, 2000

Florence Chevallier, Des journées entières, 2000

Le Paysage comme Babel

Commissariat de Nathalie Leleu

Corinne Mercadier, Catherine Poncin, Paola de Pietri, Ryuta Amae, Jean-Marc Bustamante, Florence Chevallier, Stan Denniston, Yin Xiuzhen, Cécile Le Talec

Exposition du 31 mai au 12 juillet 2001

L’un des paysages flamands les plus célèbres de la Renaissance, La Tour de Babel (1563) de Pieter Bruegel l’Ancien, met en perspective l’emprise de la culture sur la nature. Allégorie de l’orgueil des hommes rivalisant avec Dieu, le mythe biblique de la tour de Babel s’incarne de la terre jusqu’au ciel dans l’aliénation de l’espace naturel à la tendance autoritaire de l’homme à construire et ordonner le monde. Dieu ruinera cet édifice unanime dans la confusion des langues et la dispersion des peuples. Babel, comme paysage construit, est un u-topos, un lieu fictif et critique des puissances du langage, dans la syntaxe discordante des mots, des sens et des signes ; ainsi se projette le monde dans les fictions techniques que sont le langage et la peinture.

Le XIXème siècle naturaliste nourrissait d’autres espoirs dans la photographie, « procédé par lequel on peut amener les objets de la nature à se dessiner eux-mêmes sans l’aide du pinceau de l’artiste » (William Fox Talbot), gage de l’exactitude tacite de l’espace à représenter, assumant un caractère scrupuleux et permanent. Plus qu’à un environnement spontané en constante réduction, c’est à la perception même que le XXème siècle technologique rapporte cette qualité indicielle et mimétique de l’image, approchant, selon les mots de Marshall McLuhan, de « la phase finale des prolongements de l’homme : la simulation technologique de la conscience ».

S’assumant à son tour comme fiction technique, l’image, de l’analogie au pur artefact numérique, génère les signes et la syntaxe d’une topographie individuelle, émotionnelle et sensible, projetée dans un espace collectif lui-même redéfini et formulé par l’architecture, l’urbanisme et l’industrie.

Dans cette image-paysage se résout la tension entre ces deux tentations utopiques d’invention du monde ; le paysage devient le précipité d’un corps en reconnaissance, la formule charnelle d’une présence dans un espace en perpétuelle transfiguration. “ Le fantôme du miroir traîne dehors ma chair, et du même coup tout l’invisible de mon corps peut investir tous les corps que je vois et change les choses en spectacles, les spectacles en choses ” (Maurice Merleau-Ponty).

Au-delà du seuil empathique et uniforme de l’image, la puissance utopique des œuvres composant l’exposition résulte des multiples constructions symboliques et narratives qui habitent leurs horizons. Ces dérives visuelles, des plus subtiles aux plus radicales, se déclinent à l’envie entre le regard de l’artiste et celui du spectateur au fil du parcours.

Florence Chevallier, Des journées entières, 2000Paola de Pietri, Via EmiliaPaul Pouvreau, Paysage, 1997