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Galerie Les filles du Calvaire

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MOSER Claudio, Grand Central Station I, 2000 ; GRONON Philippe, Tableau noir, Graduate Center, New York, 2004 ; FIGARELLA Dominique, Qui est, 2004

Tableaux-Ecrans

Commissariat de Catherine Perret

Dike Blair, Denis Castellas, Stephen Dean, Uri Dotan, Eric Duyckaerts, Heide Fasnacht, Ivan Fayard, Dominique Figarella, Barbara Gallucci, Philippe Gronon, Millree Hughes, Claudio Moser

Exposition du 12 mars au 16 avril 2005

Il suffit de penser aux millions de téléviseurs allumés en même temps dans des millions de chambres d’hôtels où n’importe qui dort n’importe où, aux milliards de moniteurs, d’ordinateurs, de consoles , de “ papiers peints ” affichés sur les mobiles, à la somme des vies passées devant des écrans immatériels à la surface desquels courent des images immobiles pour savoir que la forme-tableau est plus que jamais la forme dominante de l’expérience hors de l’art et par conséquent dans l’art.

Les œuvres présentées dans cette exposition n’échappent pas à ce constat. Elles en acceptent la donne. Elles en desserrent l’étau. Elles le prennent de vitesse. Elles sont elles-mêmes des vitesses.

Certaines de ces vitesses semblent arrêtées ou suspendues : on les appelle des tableaux. Certaines paraissent au contraire libérées du cadre et aussi véloces que les images qu’elles véhiculent : on dit que ce sont des vidéos. Indépendamment de ces catégories reçues, nous les appellerons “ tableaux-écrans ” au sens où Freud parle de “ souvenirs-écrans ”.

Les souvenirs-écrans sont ces souvenirs si vivants qu’ils en paraissent figés à jamais. L’énigme de ces encadrés de la mémoire réside dans la haute définition de leur surface : aussi tranchée que l’ombre au sol d’une explosion en plein ciel. Les souvenirs-écrans sont les empreintes ou les retombées de décharges invisibles : des implosions d’affects.

Dans les tableaux-écrans, de même, quelles que soient la ou les techniques employées, l’image, plus ou moins subliminale, est la trace d’un certain rythme d’impression, et ce rythme l’expression du différentiel de vitesses entre les matériaux à la fois choisis et subis par les artistes. L’image dit la mise au travail du corps par ces matériaux, le recyclage de ses énergies en forces d’inscription, la conversion de ces forces en qualités émotionnelles.

On pourrait donc les nommer des “ tableaux-affects ” si l’on ne craignait que le regardeur n’y cherche des tableaux “ d’ ” affects. Les affects dont ils transmettent la charge sont encore pris dans la fibre du travail. Ils n’ont pas de nom. Ils troublent juste un instant la surface cristalline de l’écran.