Photographe incontournable de sa génération, Karen Knorr fut une des toutes premières à codifier la photographie dite « mise en scène » au début des années quatre-vingt. Après un travail sociétal — on peut rappeler ici l’impact de ses fameuses séries noirs et blancs, Belgravia (1979-1980) ou Gentlemen (1981-1983) sur la « so British Society » — sa réflexion s’est par la suite distanciée de nos contemporains tout en s’ancrant dans une posture moderniste, et recentrée sur des scénographies architecturales mêlant des approches analytiques, historiques et littéraires en alliées à une liberté poétique et fictionnelle à la symbolique surprenante.

En effet, depuis les séries Connoisseurs (1986-1988) et Academies (1994-2001) et par la suite avec Fables (2003-2008), India Song (2009-2013), Monogatari (2013-2015) les espaces fictionnels de Karen Knorr se construisent à l’intérieur de belles demeures devenues muséales, lieux consacrés de la haute culture et représentatifs de l’Histoire, au-delà même de leur qualité architecturale ou de l’importance de leurs collections. Ainsi, ces espaces sont autant de prismes potentiels d’histoires tant privées que publiques, réflexifs de notre société que l’artiste s’emploie à faire ressurgir.

Karen Knorr a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles à travers le monde, notamment au musée Carnavalet et au musée de la photographie contemporaine de Milan en 2010, à l’Adamson Gallery de Washington en 2012, en Inde pour sa série India Song en 2014, et à la Tate Britain entre 2014 et 2015.

Elle a également reçu le prestigieux Prix Pilar Citoler en 2011, et a été nominée pour le Deutsche Börse Photography Prize en 2012.