A l’instar des carnets de voyages de l’anglais Bruce Chatwin qui nous ont livré une vision incroyablement sensible et humaniste d’un monde aujourd’hui à jamais perdu, l’errance photographique de Matt Wilson, lui aussi globe-trotter anglo-saxon, produit parfois quelques images des différents pays qu’il parcourt sans à priori, et selon l’humeur et les rencontres.

Peu nombreuses certes, mais si particulières, ces photographies modestes, voire anodines, dans leur sujet sont, de plus, présentées - à l’encontre des tendances actuelles de la photographie contemporaine -, dans de si petites dimensions que nous sommes obligés de nous arrêter pour les scruter de plus près. L’image est la plupart du temps quelque peu endommagée à cause des films parfois hors d’usage que l’artiste utilise. Le résultat visuel est opalescent avec un grain très présent et une lumière décadente provoquant des zones d’ombres intimistes dans les scènes nocturnes ou un rendu charbonneux et embrumé dans les paysages diurnes. Cette technique de prise de vue « aléatoire », qui intègre l’accidentel à la vision photographique, fonde le langage de Matt Wilson. Tout ceci finit par nous troubler la vue pour, petit à petit, nous aimanter et nous faire basculer dans un univers poétique et hors du temps. Au fur et à mesure, cette écriture structure l’ensemble par une trame visuelle, vaguement narrative, qui nous mène dans des contrées fictionnelles à la limite d’un rêve éveillé.
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Christine Ollier
Paris, février 2012