Coutumier des dérives existentielles, adepte des noirs contrastes, Yusuf Sevinçli est de ces artistes alchimistes qui se livrent, dans chaque lieu où ils se rendent, à d’étranges opérations de transfiguration. Ils ne préméditent pas leurs clichés, cadrent à l’instinct et déplacent les lignes. Ils sont à la fois témoins et acteurs, maintiennent un pied hors de l’image et un pied dedans. Ils vacillent avec le vent, trébuchent avec les ivrognes, palpitent avec les reines de beauté. Ils sont bien plus que des photographes car leurs photos délivrent des sons et des parfums, comme si leur présence sensible au monde créait de nouvelles synesthésies. Sous la griffe du regard nomade de Yusuf Sevinçli, Vichy est dessaisie de son histoire et de sa géographie, elle flotte dans un espace-temps qui est celui du rêve éveillé, elle chaloupe et chavire, traversée de fulgurances, filochée de brouillard, sertie de noirs charbon et de blancs incandescents qui la rendent à la fois plus ardente, plus nerveuse et plus insaisissable.

Natacha Wolinski, In « Walking », Filigranes Éditions / Festival Portrait(s) 2015

Yusuf Sevinçli est un photographe turc né en 1980 à Zonguldak. Diplômé de la section Communication de l’université Marmara en 2003, il intègre l’année suivante un MasterClass consacré à la photographie documentaire en Suède. Il construit alors son travail personnel à travers plusieurs séries, dont 'Good Dog', qui ont fait l’objet de nombreuses expositions individuelles comme collectives en Turquie, en Europe et à travers le monde (Mois de la Photo de Moscou, PhotoBiennale de Thessalonique, Festival de photographie Fotografia Europa Reggio Emilia en Italie, Fotografie Noorderlicht aux Pays-Bas, FotoFreo en Australie…). Aujourd'hui, il vit et travaille à Istanbul.