Je travaille par la rencontre, sans trop rien attendre d’une image. Je construis dans l’écart entre mon intention à faire une photographie et la part imprévisible de sa confrontation au monde. Je ne veux pas faire le constat d’un préconçu. Engendrer une image consiste pour moi à ne plus regarder comme on se rappelle mais à laisser surgir une forme qui laisse filer la beauté ; continuer de s’étonner de ce qui n’est plus à sauver, ou à prouver.

Si je photographie un corps, par exemple, ce corps n’est pas l’objet de l’image. Ce qui compte c’est précisément la manière qu’a ce corps de glisser dans ce qui l’entoure, comme si la limite de celui-ci n’était pas la peau mais la porosité de cette peau, son passage dans le dehors. Je regarde comment un corps se tend, la matière de ses attitudes.

De même, et toujours dans cette idée de rapport, je travaille entre les images, c’est-à-dire qu’une image ne va pas sans se couler dans celles qui la suivent et la précèdent. Chacune traverse et est traversée par les autres. Elles s’installent dans un flux qui les emporte toutes, en faisant résonner une multiplicité de matières et de formes.

Benjamin Mouly

Benjamin Mouly est un artiste français né en 1987. Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles, il a terminé son parcours par un master à la HEAD de Genève. Il participe depuis 2010 à plusieurs projets et expositions collectives, principalement en France mais également en Suisse, en Finlande et aux Etats-Unis. En 2015, il présente ses premières expositions personnelles à Paris ('De Concert' à la galerie Les filles du calvaire, 'Hors Champ - Le jour sait, la nuit ignore' au Silencio) et en Colombie ('Hojas de Perro / Feuilles de chien' à l’Alliance française de Bogota).