Corpus / dans le cadre du festival PHotoESPAÑA

« Dédoublement : dans ses photos, d’Agata n’est plus d’Agata mais A, son double – mais qui est le double de qui ? Qui est second et qui est premier quand on ne sait plus si l’on photographie ce qu’on vit ou si l’on vit pour pouvoir photographier, pour pouvoir cesser de photographier ? » Rafael Garido

L’exposition Corpus d’Antoine d’Agata déploie le parcours d’un homme-photographe, des origines de sa pratique jusqu’à aujourd’hui, et nous livre l’iconographie monumentale d’une œuvre qui a lentement glissé du journal photographique amorcé au Mexique dans les années 90 jusqu’à l’image en mouvement et l’écriture de scénarios de vie prémédités.

Comment rendre compte de cette archive vivante, de ce geste artistique, humain et politique et de cette dérive assumée, consciente, délibérée, ultime dispositif de résistance face à un monde vécu dans la rage et la douleur ?

Comment le corps, l’engagement, l’acte physique et humain de l’artiste et l’enjeu du sacrifice traversent le flux de cette œuvre depuis plus de 25 ans, pour dire l’expérience d’un réel absorbé toujours plus intensément, plus marginalement aussi ?

Pourquoi dans ce processus de vie, dans cette présence au monde et de communion avec ses sujets, Antoine d’Agata a-t-il choisi d’être le protagoniste de ses propres images ?

La tentative de cette exposition rend compte de quelques vérités, fragiles, et impose l'expérience d'une vie, sans échappatoire. Que l'accumulation des images, que la répétition infinie ancre les visions d’un homme repoussant toujours plus loin les limites de sa propre existence, et nous autorise à saisir le sens, la nécessité et l'urgence d’une quête forcenée dont seules restent des traces, des fragments, des morceaux arrachés à la réalité. Quelques « images rescapées ».

Fannie Escoulen

Commissaire de l’exposition