Catherine Poncin

Certains d’entre vous connaissent sans doute déjà le travail de Marin Kasimir, qui en complément de ses réalisations dans l’espace urbain, réalise des prises de vue à plus de 360 ° à partir d’une caméra panoramique rotative qui tient autant de l’image fixe que de l’image mouvement. Le résultat se présente comme une multitude d’images s’enchaînant les unes aux autres dans une même prise de vue panoramique continue et infinie. Cette vision peut d’ailleurs être démultipliée par l’addition de plusieurs bandes formant l’œuvre tels la réalisation « Rez + 3 » de la Place Fontainas en 1998 ou le projet de la station de métro « Ceria » à Bruxelles. Marin Kasimir a réalisé de nombreux travaux à partir de cette technique ; le plus connu est certainement l’importante commande qu’il a reçue de la mission 2000, avec Frédéric Migayron. Plus récemment, il a travaillé sur d’autres espaces urbains et notamment à Almere aux Pays Bas, pour la ville de Rennes ainsi que d’autres villes telles que Lille, Hoofddorp, Orléans, Tours, le Mans…

Sa participation à cette exposition sera l’occasion de montrer quelques somptueux exemples de ses dernières réalisations et fera écho à deux expositions monographiques qui seront inaugurées simultanément à celle-ci à l’Ecole des Beaux-Arts du Mans le 27 novembre à et à Rennes le 29 novembre au Triangle.

Il y a tant d’autres artistes qui travaillent sur l’espace urbain, qu’il serait véritablement fastidieux de tenter une exposition exhaustive sur ce sujet. Par contre, nous avons rencontré incidemment deux autres créations qui se rapprochent de la démarche de Marin Kasimir et donnent chacune à leur manière, par une fragmentation, voire un éclatement de la prise de vue classique, une valeur particulière à la perception de ces zones urbaines -dites de banlieue- que ces trois artistes ont approchées.

Si l’on peut résumer la technique de Claire Lesteven par une approche panoramique à 360° à l’instar de M.Kasimir, sa mise en œuvre et le résultat en sont très différents. En effet, c’est grâce au sténopé qu’elle approche la ville ; elle fabrique des boites toutes simples sur le modèle du premier appareil de la petite histoire de la photographie. La plus grande de cette camera-obscura est une citerne, comme l’on en trouve sur les toits de New York où elle vit. Avec cette boite monumentale, elle réalise , à travers les Etats-Unis, des prises de vue de plus de sept mètres de long. A vrai dire, on trouve des photographies de toutes tailles dans son travail car l’artiste en change selon l’humeur de ce qu’elle souhaite réaliser, chaque négatif-positif déterminant la taille du tirage photographique subsidiaire. Le résultat, pour partie accidentel puisque l’artiste n’a pas de réel contrôle sur son cliché, est magnifique. Cela tient à la fois de son usage de cette technique désuète qu’elle réactive par cette prise de vue prismatique, et aux tirages en faux noir et blanc qui concourent à « déréaliser » l’espace urbain au profit d’une perception totalement originale.

Claire Lesteven nous propose ainsi son regard personnel sur Brooklyn, la consœur parfois méprisée de Manhattan, ville à part entière, ou banlieue -comme on voudra- qui a su garder cette atmosphère new-yorkaise légendaire si bien illustrée par les « Manhattan et le Brooklyn Bridges » dont l’artiste nous livre une vision monumentale. Il faudra aussi prendre le temps d’un détour-ballade à travers ses vidéos qui « éclatent notre regard par une « multi-prise-de-ville ».

Catherine Poncin quant à elle, fidèle à sa démarche de ré-appropriation d’images trouvées ou d’archives, a réalisé pour la Ville de Bobigny un ensemble photographique qui fut dans un premier temps exposé dans différents lieux extérieurs de la ville sous forme de bâches, selon le désir de l’artiste de faire partager aux habitants sa déambulation « stratifiée » de la pensée d’une cité. En effet, Catherine Poncin nous propose une vision par couches successives qui nous permettent de retracer l’histoire vivante de cet ancien bourg devenu banlieue périphérique.

Chaque pièce est réalisée à partir de documents empruntés aux archives historiques municipales et de photographies issues du bulletin municipal. A partir de ces images, des fragments sont assemblés par numérisation sous forme de bandes accolées. Là encore, la démarche est particulière et permet à l’artiste de composer une mélodie visuelle colorée et graphique, très personnelle, mais dans laquelle, comme chaque habitant de n’importe quelle ville du monde, nous pouvons ré-inventer une parcelle de notre histoire. Cette commande a fait l’objet d’une publication aux Editions Filigranes et d’une parution dans la revue CV photo en novembre 2002.

Ce que chacun pourra retirer de ces visions multiples est sans doute un renvoi à l’éclatement de notre perception et de notre espace tant mental que réel. Peut-être aussi qu’en regard à l’uniformisation de l’espace urbain, les créations de ces trois artistes nous renvoient la possibilité d’une vision particulière à travers laquelle chacun de nous peut refaire son monde.

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