LUX, Cavaliers, 2004, 95 x 76 cm, C-print

La galerie Les filles du calvaire présente une exposition des derniers travaux de Charles Fréger. Au rez-de-chaussée, des photographies issues de différentes séries seront accompagnées par la présentation de plusieurs portfolios tandis qu’à l’étage, serons présentées des œuvres issues de sa série LUX, commande du MUDAM à Luxembourg, réalisée en 2002-2004.

« Au Luxembourg, Charles Fréger a eu l’opportunité de réaliser une des plus importantes séries de ses « Portraits photographiques et uniformes », titre générique du projet qu’il a engagé depuis 1999, en Europe et un peu partout dans le monde, autour de la tenue et de l’uniforme. Mené sur trois années, auprès de jeunes gens appartenant à des groupes sportifs, éducatifs et professionnels, « LUX » constitue en quelque sorte une démonstration et un aboutissement de ses précédentes recherches, en forme d’inventaire, sur la figure et le portrait. L’approche systématique de groupes ou communautés, qui sont autant d’entités actives au sein d’un pays ou d’une région, n’en donne qu’un reflet partiel. Mais elle permet aussi d’en révéler quelques constantes ou variations, comme ici au Luxembourg avec les majorettes, les militaires, les nageurs, les footballeurs, les cavaliers, les choristes ou les employés.

A l’occasion de cette nouvelle série, Charles Fréger décline un vocabulaire photographique précis, constitué de cadrages centrés, souvent frontaux, en pied, en buste ou plus serrés, opérés sur des fonds choisis pour leur couleur, une variété de lignes ou le décor habituel de l’activité. La transparence de l’éclairage, la neutralité de l’expression ainsi que la statique de l’image, si attentive à la qualité de la peau ou aux textures des habits, suggèrent une référence aux portraits peints par les maîtres anciens. Les profils médiévaux ou la présence frontale de personnages aux attributs indiquant le rang et la qualité, tout comme le portrait équestre, sont autant de sources du travail de Charles Fréger. Les photographies d’aujourd’hui résonnent des portraits peints d’hier dans ces images posées et emblématiques où l’apparence se frotte à l’identité, l’individuel au collectif.

Dans « LUX », la démonstration de Charles Fréger se renouvelle avec les portraits des nageuses affleurant de l’eau, les chanteuses extraites sur fond de chorale, les profils équestres et le portrait de groupe où choristes et majorettes semblent attendre la parade à venir. Il faut dire qu’ici l’ampleur du projet autorise et nécessite une articulation des séries entre elles. Ainsi, à partir de groupes différents, la recherche et le style du photographe, privilégiant alternativement le fond, la forme d’un visage, la pose ou le cadrage, permettent, d’une image ou d’une autre série à l’autre, la cohésion de l’ensemble.

Le dénominateur commun des photographies de Charles Fréger demeure ces effets de socialisation et d’incorporation enregistrés à la surface des êtres dans les poses et les tenues. Le collectif crée l’adhérent, le membre ou l’engagé, ce qui appelle alors une posture et un équipement. Que les jeunes danseuses doivent avoir leurs cheveux longs lissés et tenus, voilà qui conduit à un profil type que Charles Fréger ne manque pas de souligner. Mais il nous montre en même temps combien cette série uniforme permet la perception des moindres différences et la présence unique de chacun. Il semble vérifier photographiquement cette citation de Sartre : « C’est qu’un homme n’est jamais un individu ; il vaudrait mieux l’appeler un univers singulier ».

Didier Mouchel

Photographique et uniforme dans catalogue LUX, Ed. Mudam, 2006

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