Bellaza sobre tela, 2002, 130 x 162 cm |
La galerie présente la première exposition française de César Delgado, peintre espagnol qui s’inscrit dans la mouvance internationale du renouvellement de l'abstraction des années 80-90. Cet artiste déconcerte au premier abord car si l'on peut lui trouver une filiation dans l’œuvre de Luis Gordillo, leader influent de l'abstraction espagnole, il faudra regarder plutôt du côté américain s'il l'on cherche à repérer le point de départ de ce travail. En effet, celui-ci, par le découpage du tableau en différents champs et par l'exploitation conjuguée de fonds monochromes ou tramés avec des lignes expressives n'est pas sans rappeler les contre-champs et la gestuelle de David Reed. On pourrait imaginer aussi que Jonathan Lasker ait pu avoir une influence sur ce peintre qui excelle dans l'exploration de la surface du tableau et des grilles sous-jacentes. Nous sommes face à une abstraction pure, oserait-on dire en liberté, comme si le peintre avait appris son abécédaire structurel et le déclinait en autant de propositions plastiques.
Chacune de ces toiles offre au regard une multitude de signes, plusieurs points d’entrées. César Delgado se joue de la peinture. Il juxtapose des zones « neutres », monochromes ou rayées, nettes, planes à des zones « expressives », colorées, parfois en relief, où la peinture est toute en courbe, se mélange, s’enchevêtre. Ces tourbillons, réseaux, lignes, formes proches parfois de l’organique parcourent la surface du tableau et contrecarrent la planéité du fond. Il n’y a malgré tout pas d’aléatoire ou de jeu du hasard dans ces toiles. Chaque zone, chaque débordement est le fruit d’une composition étudiée où l’équilibre passe par une dissymétrie systématique et une mise en abîme du motif par son contre-champ comme si l'artiste tentait d'atteindre une sorte « d'infini pictural » en contraignant l'espace et le signe. On pourrait ainsi tenter de résumer ce travail par les propos emphatiques d'Andrea Busto : « c’est la peinture de la peinture, c’est l’abstraction pour l’abstraction, c’est l’oeuvre pour l’oeuvre. Il n’y a pas de pathos, tout est transformé pour l’étude, pour l’analyse, comme sur une table de dissection. »