Emmanuelle Villard se positionne dans le champ de l’abstraction par intérêt pour son histoire des formes et des contenus, et aussi par pragmatisme, car il permet de ne jamais avoir recours à la composition comme espace de projection. Les différentes attitudes mises en en place dans son atelier s’articulent autour de la question du « comment peindre », elles empruntent sans complexe au champ historique et au temps présent, et ont en commun de mettre au travail « ce qui reste de la peinture ».

Le matériau est au centre de cette pratique : l’exploration méthodique de ses qualités, sa cuisine, sa chimie, fabrique des pièces multi référentielles qui jouent et se jouent aussi bien de la séduction que de l’étrangeté. Elles engendrent diverses allusions à l’histoire de la peinture mais aussi à d’autres domaines comme les arts décoratifs, le design, la cuisine, la mode ou encore la science. Le flirt que ces pièces entretiennent avec le monde de l’objet est renforcé par leur plasticité comme par le mystère de leur procédé de fabrication. Elles proposent un jeu de va-et-vient entre le plan de la peinture et l’espace de l’objet - peinture objet, objet visuel - tout en accordant une attention particulière à la surface comme trompe-l’œil et comme « trompe-sens ».

La séduction est revendiquée, sans qu’il s’agisse de l’affirmation d’une féminité stéréotypée et instrumentalisée. Ses codes sont utilisés par jeu et par ironie, dans la volonté de maintenir une constante ambiguïté. Ils sont aussi un outil, moyen de capter le regard.

Si chaque pièce d’Emmanuelle Villard tend à interroger le point de vue du spectateur - ne serait-ce que par la question du «comment c’est fait » - l’exposition et les scénographies qui s’y développent viennent redoubler ce propos en imposant des conditions de déambulation et de visibilité particulières, entre mise à distance et désir de toucher. La confrontation des différentes séries accentue le trouble : un monde complexe, pétri de séduction et d’afférences multiples, un peu déstabilisant et décadent, un peu trop brillant en surface, peut-être à l’image de celui dans lequel nous évoluons.

< >