GILBERT GARCIN - Mister G.

Singulier destin que celui de Mister G. ! Après avoir consacré la première partie de sa vie au monde de l’entreprise, et lorsque fut venu le temps de la retraite, Gilbert Garcin s’invente une seconde vie. Voilà qu’apparait au grand jour un continent oublié : une Atlantide onirique, dont la topographie a commencé à dévoiler ses contours une fois plongée dans le bain du révélateur.

Au début des années 1990, Gilbert Garcin remporte le concours de photographies d’Aubagne, concours qui lui ouvre les portes d’un stage à Arles avec le maître de la fantasmagorie Pascal Dolesmieux. Ce dernier lui apprendra toutes les ficelles du métier. Il n’en fallait pas plus à Gilbert Garcin, armé de colle, de ciseaux et de son appareil photo, pour s’inventer un monde en miniature. Et

s’inventer un rituel : poser, se photographier, découper ce personnage, l’intégrer à une maquette et reprendre une photographie.

En se mettant en scène dans ses propres images, vêtu d’un pardessus passe-partout, Monsieur G.

emprunte la démarche d’un Chaplin ou d’un Tati. Des silhouettes qui deviennent des icônes universelles, traversant les frontières, les cultures, les publics et les générations. Le noir et blanc, les tirages contrastés, le dépouillement des décors et leur caractère souvent géométrique forment un précipité grammatical élémentaire qui fait un joli pied de nez aux virtualités numériques, avec juste ce

qu’il faut d’humour et d’ironie pour désamorcer tout discours savant.

« Nous sommes tous plus ou moins en représentation, n'est-ce pas ? » commente, d'un ton malicieux le délicieux bonhomme qui manipule allègrement ses photographies avec un zeste de naïveté, de surréalisme et un sens hitchcockien de sa propre mise en scène. La construction de chaque scène, conçue avec intelligence et un sacré sens du décalage, est d’une sobriété graphique implacable, d’une simplicité minérale, et révèle un univers d’une poésie infinie, aux multiples niveaux de lecture.

Au fil de plus de 400 photographies, Gilbert Garcin crée un véritable journal de réflexions humanistes, un état des lieux philosophique, qui tisse tour à tour avec humour, poésie ou gravité, une métaphore de l’existence, au-delà de la narration. L’air de rien, sans artifice et avec une efficacité redoutable, Monsieur Garcin questionne la fragilité, le drame et l’absurdité de la condition humaine.

Dans un processus d’identification inévitable, le photographe nous met face à nos peurs, à nos interrogations existentielles.

Bienvenue dans le petit théâtre intérieur de Monsieur Garcin, ce bricoleur illusionniste qui vient de fêter ses 81 printemps et expose aux quatre coins du monde. Le temps semble y être figé, dans des situations où la dérision, faussement burlesque, côtoie l’absurdité, hors de tout académisme : un

artiste libre.

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