|
Si l’on peut résumer la technique de Claire Lesteven par une approche panoramique à 360°, sa mise en œuvre et le résultat en sont très différents. En effet, c’est grâce au sténopé qu’elle approche la ville ; elle fabrique des boites toutes simples sur le modèle du premier appareil de la petite histoire de la photographie. La plus grande de cette camera-obscura est une citerne, comme l’on en trouve sur les toits de New York où elle vit. Avec cette boite monumentale, elle réalise , à travers les Etats-Unis, des prises de vue de plus de sept mètres de long. A vrai dire, on trouve des photographies de toutes tailles dans son travail car l’artiste en change selon l’humeur de ce qu’elle souhaite réaliser, chaque négatif-positif déterminant la taille du tirage photographique subsidiaire. Le résultat, pour partie accidentel puisque l’artiste n’a pas de réel contrôle sur son cliché, est magnifique. Cela tient à la fois de son usage de cette technique désuète qu’elle réactive par cette prise de vue prismatique, et aux tirages en faux noir et blanc qui concourent à « déréaliser » l’espace urbain au profit d’une perception totalement originale. Claire Lesteven nous propose ainsi son regard personnel sur Brooklyn, la consœur parfois méprisée de Manhattan, ville à part entière, ou banlieue -comme on voudra- qui a su garder cette atmosphère new-yorkaise légendaire si bien illustrée par les « Manhattan et le Brooklyn Bridges » dont l’artiste nous livre une vision monumentale. Il faudra aussi prendre le temps d’un détour-ballade à travers ses vidéos qui « éclatent notre regard par une « multi-prise-de-ville ». Christine Ollier |