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Ce qui touche dans l’œuvre d’Emmanuelle Villard, c’est une double invitation : l’entrée dans l’épreuve et la jubilation esthétique de la peinture, et en même temps l’ouverture de la peinture abstraite à des problématiques contemporaines – la consommation de l’image, le corps, l’intime, la féminité… Là où de nombreux artistes contemporains versent dans l’exhibition intimiste ou la figuration spectaculaire du corps, Emmanuelle Villard préfère tramer à la surface de la toile de possible parure ou accidents du corps, questionner la validité actuelle de la peinture, motiver un devenir femme dans le vivant et la création artistique. […]
Nul ne peut échapper à l’entreprise de séduction qui est activée dans la peinture d’Emmanuelle Villard. Ses tableaux, clinquants et colorés, produisent un effet de vitrines, à la manière des devantures de confiseries, de magasins de vêtements ou de stands de jeux de foire, que l’artiste s’intéresse d’ailleurs à photographier. A moins qu’il ne s’agisse de peindre comme on se maquille, de considérer la peinture comme un dispositif de surfaçage et de parure du tableau. Ou encore de consommer les peintures comme on consomme des gâteaux en apparence appétissants : si notre œil se faisait langue, nous trouverions les tableaux d’Emmanuelle Villard souvent un peu trop sucrés. D’où vient alors ce goût doucereux qui nous reste dans l’œil ? […]
On se prend alors à voir comment de telles peintures entretiennent un lien essentiel avec la peau, non plus comme simple surface ou enveloppe, mais comme véritable lieu de l’échange, de la transformation et du contact. Entre le pot de peinture et la déposition épidermique de la peinture sur la toile, entre la matière et la forme picturale, s’élaborent des interstices du charnel qui autorisent le frottement d’une matière sur une autre, le glissement d’une forme vers une autre, le déplacement d’un tableau vers un autre, le passage entre le dehors et le dedans, l’habitation interchangeable des enveloppes de l’identité. Ce ne sont pourtant que des effets de peinture sans prétentions figuratives. Mais cette non-figuration anatomique ouvre justement sur d’infinies épreuves d’un corps à corps, entremêlant la souplesse, l’épaisseur, la fragilité, la consistance, l’affleurement des matières informes.[…]
Larys Frogier, “Emmanuelle Villard: la peinture à fleur de peau” in cat. Emmanuelle Villard
La Criée centre d’art contemporain (Rennes), 2002