A l’heure où l’on regarde la planète de manière globale c’est sur le local que je voudrais me pencher car je pense qu’affirmer la singularité de toute terre c’est aussi s’interroger sur notre monde. Je me consacre depuis plus de 20 ans à une création artistique sur les problématiques liées au paysage à travers le monde. Mais, après avoir travaillé sur les bords de Loire puis plus récemment, sur le département de l’Hérault et le pays de Bray, en Normandie, j’ai eu envie de poursuivre un travail photographique sur la campagne française.

Photographier la campagne en France, voilà ce qui m’intéresse depuis quelques temps : pas une campagne pittoresque ni une campagne exotique mais une campagne plus proche de nous, peut être plus ordinaire, encore bien vivante où les choses bougent parfois lentement comme dans le pays de Bray mais d’autres fois, très rapidement, comme avec le développement des lotissements autour des villages dans l’Hérault. Pour des raisons de cohérence, de temps de réalisation (un an), et de faisabilité du projet je me limiterai aux campagnes intérieures en évitant d’une part les zones de frontières naturelles (littoral et montagnes) et géographiques, et d’autre part les campagnes urbaines qui pourraient faire l’objet d’autres séries.

J’aimerai conserver une grande liberté géographique en passant des moments dans différents lieux et puis y revenir en fonction de la saison, de la météo, parce que mon approche est faite d’errance, de tâtonnement, tout en étant d’une grande concentration. C’est ainsi que j’obtiendrai une plus grande diversité de sujets en regardant des lieux laissés de côté, qui n’ont rien de spectaculaire mais qui font et qui sont la campagne. En avoir un regard “d’ici et maintenant”, sans nostalgie, ou s’il y en a une, ce serait alors dans la chose elle-même. Ces lieux, dont on nous dit peu, font pourtant partie de cette grande diversité du paysage que l’on observe en France. Tous ces paysages, fruit d’un façonnement perpétuel, je voudrais les citer, les authentifier comme un pur effet du temps en traitant le plus justement possible leurs équilibres et leurs bouleversements.

Extrait du projet de l’Académie des Beaux-Arts par Thibaut Cuisset, 2009

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