Appréhender l’œuvre de Joris Van de Moortel, c’est plonger au cœur d’une tempête. Creuser son sillon au sein d’un tourbillon de formes, une accumulation de matières et de sons, propulsant dans son sillage les éléments épars d’une même problématique, que veut dire habiter l’espace et comment penser sa construction ?

Loin de se réduire à de joyeuses odes à la destruction, ses installations relancent la charge inhérente à leur propre définition ; l’œuvre se doit d’être « installée » dans l’espace. Si l’on retrouve bien souvent des caissons, ces abris précaires venant comme minimaliser le concept d’architecture, il s’agit, dans chacune de ses créations, d’investir un lieu en rappelant à quel point la revendication spatiale humaine est une violence. Violence de l’objet, violence de l’occupation, mais aussi et surtout violence faite au regard, ce réveil par la force de la passivité interdisant au spectateur l’immobilisme. Car derrière la générosité, derrière la jouissance de l’accumulation se cache le véritable secret de ces habitations démentes, peuplées de chalumeaux, de vitres brisées et d’éclats de matières ; une pudeur en acte recroquevillée dans ces espaces confinés où la vie, malgré sa relative précarité, est définitivement possible. Et la vie apparaît sous de nombreuses formes dans cet univers habité par des motifs récurrents toujours renouvelés. Une énergie invisible qui parcourt toutes ses œuvres et bruisse comme le frisson du cataclysme qui dessine une compréhension nouvelle de la destruction.

Mon œuvre rappelle parfois un décor de scène ou les reliques d’une performance. Dans ce contexte, la création et la destruction sont les facteurs intermêlés dans la sculpture et les installations, où le matériau trouvé ou abandonné trouve sa place afin de créer de nouveaux objets et des sens à partir de choses existantes. Dans les sculptures et installations brutes, les objets sont placés dans des situations extrêmes, qui les privent de leur fonction d’origine. Ils semblent être des tentatives de capter et d’accumuler de l’énergie et aparaissent comme des bombes à retardement qui pourrait exploser à tout moment. […]

Extrait du texte de Guillaume Benoit, in Semaine, Edition Analogues, mai 2012.

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