Lore Stessel est fascinée par la beauté des routines quotidiennes, des petits gestes et de la force du mouvement, où le corps en tant que sujet occupe une place fondamentale. Son travail artistique est souvent le fruit d'une rencontre entre la photographe et le(s) danseur(s), là où s'opère un dialogue sans paroles. Elle porte son attention sur la mémoire du corps et sur la manière dont chaque événement ou mouvement communique des souvenirs emmagasinés, souvent inconscients.
Avec son appareil photo, elle capture subtilement des fragments de ces histoires inexprimables par des mots. Elle saisit l'intensité du passé à travers les mouvements du corps, la lumière et les éléments environnants marquants. Elle y parvient en recherchant des rencontres brèves et intenses dans des lieux inédits, souvent guidée par un amour pour la rudesse, mais aussi pour le silence de la nature.
Le résultat est le souvenir figé dans l'image photographique. Elle évolue à la lisière de la photographie et de la peinture. En appliquant des techniques d'impression analogiques sur des toiles, elle accorde une place particulière au processus de création physique, embrassant là aussi le « hasard » et l'« imprévu ».
Pour sa première exposition solo dans un centre culturel belge, Lore Stessel choisit délibérément de placer la rencontre au centre de sa démarche et d'inviter des « compagnons de route ». Des artistes avec qui elle partage une vision de la vie et une passion pour le mouvement dansé, la texture, l'expression abstraite et bien plus encore.
Frank Gizycki, Ilse van Roy et Frederic Geurts entrent en dialogue avec Lore Stessel et son travail par le biais de petites et grandes interventions. En amont, des moments de rencontre et de création ont permis à Frank, Ilse et Lore de chercher à approfondir et à comprendre ensemble les processus qui les fascinent tous. Ilse a conçu un costume en maille dans lequel Frank se meut ; il le porte tout en embrassant et en explorant parallèlement les « objets transitionnels » que Lore et Ilse offrent en co-création pour la danse. Le résultat de ces mouvements se déploie dans un « terrain de jeu commun » (common playground) où les éléments de chacun sont dévoilés au spectateur telle une archive.
L'exposition est construite à partir d'images réalisées par Lore Stessel sur le processus de création de la nouvelle performance solo de Frank Gizycki et sur la forme tactile du costume d'Ilse van Roy. Les mains d'Ilse sur sa machine à tricoter dansent tel le fil tissé qui relie le tout. Frederic Geurts ajoute du mouvement avec un mobile et une simple feuille que vous pouvez faire onduler par votre présence.
Tout est en mouvement et nous nous mouvons les uns les autres : I have seen people made of dreams.

