Dans le cadre de la célébration du Bicentenaire de l’invention de la photographie, le Centre des Monuments Nationaux rend hommage à la photographe américaine Karen Knorr (née en 1954 à Francfort, RFA) à travers l’exposition No Future , présentée sur deux sites patrimoniaux complémentaires.
Au château d’Azay-le-Rideau l’artiste présente une rétrospective du travail qu’elle a consacré à la relation entre l’habitat et l’habitant. Les œuvres ainsi produites s’inscrivent délibérément dans la tradition de l’art occidental dont elles reprennent ou détournent les codes et les conventions. En complément, le château d’Oiron expose deux séries d’images caractéristiques du début de la carrière de l’artiste et de son travail récent, permettant de mesurer l’évolution de son langage photographique.
La série Punks (années 1970), réalisée avec Olivier Richon, documente l’underground londonien marqué par le mouvement punk dont les adeptes se signalent par un style et une attitude fondés sur le désenchantement et le nihilisme. C’est ce qu’exprime l’un de leurs slogans : No Future qui a été choisi comme titre pour cette exposition.
La violence visuelle de leur accoutrement et de leurs attitudes contraste fortement avec le contexte conservateur de la société britannique d’alors. Pour rendre compte de cette contre-culture, Karen Knorr et son comparse décident d’aller à la rencontre des Punks dans les clubs où ils se rassemblent (le Roxy ou le Global Village). Plutôt que de procéder furtivement, à l’aide d’instantanés qui captureraient l’image à l’insu des modèles, Karen Knorr tire profit de leur théâtralité et leur demande de prendre la pose. Apporté sur place, l’éclairage d’appoint contribue à rapprocher la prise de vue des conditions du studio ou de l’atelier. La série de photos argentiques ainsi produite renouvelle l’art classique du portrait où le modèle s’affiche, la pose et la composition permettant d’exprimer sa personnalité et de revendiquer son statut social.
La série Questions (After Brecht), réalisée en 2017-2018, se compose de vues de chantiers industriels désertés, où les espaces vidés de présence humaine évoquent des paysages de ruines en devenir, selon une poétique propre à la sensibilité romantique. En dépit du caractère très contemporain de leur décor architectural, ces œuvres s’inscrivent ainsi dans la tradition de l’art occidental. Mais c’est surtout le traitement numérique de l’image qui contribue à les rapprocher des tableaux de chevalet. L’ambiguïté de la technique et la proximité avec la peinture renouvellent les expérimentations pictorialistes de certains pionniers de la photographie au XIXème siècle. Associées aux citations de l’écrivain et dramaturge allemand Bertolt Brecht (1898-1956), profondément marqué par l’horreur des guerres, du nazisme et de l’occupation soviétique, les images viennent prolonger le pessimisme de son questionnement..

